Août 2010
Sollicitation reçue du journaliste de « Spectrum » (Courriel)
Monsieur Rebetez,
Selon notre conversation téléphonique d’il y a un instant, ce 25 août, je me permets de vous soumettre mes questions. Je vous rappelle que j’écris pour le compte de « Spectrum », le journal des étudiants de l’Université de Fribourg. Vos réponses apparaîtront dans un article qui se penche sur la question du bilinguisme en ville de Fribourg. Merci à vous de prendre le temps de répondre à ces questions si possible jusqu’à ce vendredi 27 août. Si vous avez besoin de précisions supplémentaires par rapport à mes questions, n’hésitez pas à m’appeler.
Les voici :
- Pour vous, Fribourg est-elle une ville bilingue ? Quel sens donnez-vous à ce mot ?
- Josef Vaucher relève les efforts qui ont été accomplis dans le sens d’un meilleur rapport entre les deux communautés linguistiques en ville de Fribourg, mais il pointe du doigt le manque de bilinguisme au sein de l’administration (écrit, mais surtout oral). Quelle est votre position à ce sujet ?
- Lors des quelques discussions que j’ai pu avoir avec des Suisses allemands (de Fribourg, je précise), ces derniers m’ont souvent confié qu’ils trouvent la situation unilatérale, c’est-à-dire que les Alémaniques doivent faire le plus souvent l’effort de parler français, alors que l’inverse se produit trop rarement. Que pensez-vous de ces affirmations?
- À trop vouloir protéger la communauté francophone, n’y a-t-il pas un risque de la défavoriser au profit de la communauté germanophone ? En tant que minorité dans le canton, cette dernière semble souvent mieux maîtriser leur deuxième langue, ce qui peut leur donner un avantage dans le monde du travail.
En vous remerciant d’avance pour votre disponibilité, veuillez accepter mes meilleures salutations.
Pierre Koestinger
Réponses données au nom de la communauté (Courriel)
Bonjour M. Koestinger,
Je vous communique, ci-dessous, quelques réponses à vos questions. Les très brefs délais que vous me demandez de respecter font que mes observations sont personnelles. Le cas échéant, les autres membres du comité de notre association pourraient les nuancer différemment.
1 ) Fribourg est-elle une ville bilingue ?
Il faut, sur ce plan, distinguer clairement entre le bilinguisme des individus et celui des institutions.
S'il s'agit du premier, celui des individus, de la société civile et des habitants de la ville, alors oui, la population de Fribourg n'est pas seulement bilingue, mais elle est souvent plurilingue. Diversité culturelle et diversité migratoire obligent. C'est un fait et on peut s'en réjouir.
(A noter d'ailleurs que l'Université de Fribourg joue un rôle important dans cette richesse culturelle. Mais qu'on peut aussi parfois se demander si la forte présence alémanique n'a pas plutôt tendance à faire de la Haute Ecole une entité de plus en plus germanophone et de moins en moins "bilingue" comme l'affirme un de ses slogans préférés).
En ce qui concerne les institutions, en revanche, la Communauté romande du Pays de Fribourg est attachée à la valeur des textes légaux et constitutionnels qui fondent la société suisse. Sur la base de ces derniers, confirmés par le Tribunal Fédéral, Fribourg est une ville francophone comptant une minorité linguistique alémanique (relativement importante, mais nettement inférieure à 30 %). A ce titre, elle se doit de prendre en compte les intérêts légitimes de cette minorité.
Dans le respect de ces cadres constitutionnels et légaux toujours, les autorités civiles de la ville de Fribourg - Conseil général et Conseil communal composés de citoyens élus - sont compétentes pour gérer la question.
2 ) Je souscris entièrement à l'avis de M. Vaucher quant aux efforts qui ont été accomplis pour améliorer les rapports entre les deux communautés linguistiques principales en ville de Fribourg et dans le canton en général. N'étant pas moi-même citoyen de la ville de Fribourg, je ne me permettrai pas de porter, comme il le fait, un quelconque jugement sur "le manque de bilinguisme au sein de son administration". Je connais, toutefois, nombre de personnes qui n'ont pas cette impression et je rappelle, une fois encore, les compétences des autorités de la ville à ce sujet.
3 ) Je veux bien croire les assertions des Suisse allemands que vous avez interrogés selon lesquelles ils doivent le plus souvent faire l'effort de parler en français alors que l'inverse se produit trop rarement. Je ne pense pas du tout, par contre, que cela résulte de la mauvaise volonté supposée des francophones et constate que cette situation déséquilibrée risque de se maintenir aussi longtemps que dans tous les lieux publics et qu'à chaque instant de la vie quotidienne, les germanophones continueront à délaisser la langue allemande, pourtant officielle dans le canton, pour ne parler que les divers dialectes alémaniques. Tant que cet état de fait durera, les francophones seront désavantagés dans leurs tentatives d'apprendre véritablement l'allemand.
4 ) Je ne peux que vous rejoindre dans votre propre constat : la communauté germanophone bénéficie d'un avantage dans le monde du travail du fait qu'elle semble mieux maîtriser la deuxième langue officielle du canton. Cette langue française, elle a la chance de l'entendre quasiment partout à Fribourg et de pouvoir l'apprendre plus aisément. Qu'en serait-il si cette minorité, si majoritaire en Suisse, devait parler le français tout en n'entendant que le patois franco-provençal et ses nuances gruériennes, broyardes, "quétso" ? Et je ne fais pas de cette question une provocation, mais un appel à la compréhension de la part de ceux qui ne sont pas encore conscients de ce problème.
Je conclurai positivement mon propos en considérant légitime que chacune des deux communautés défende sa langue, sa culture et ses richesses tout en acceptant de faire les efforts nécessaires pour comprendre les arguments et respecter les droits de l'autre.
